Quelques mots sur les musées et les fablabs

L’équipe de Imaginons nos fablabs au Québec m’a demandé d’intervenir (à distance) lors d’une discussion sur les fablabs et les musées. Marc-Olivier Ducharme m’avait demandé de partage mon expérience sur Museomix. En effet, à travers mon travail chez nod-A, j’ai participé à l’élaboration de Museomix et je me suis occupé plus particulièrement de la partie fabrication numérique (‘fablab’). J’avais préparé quelques notes pour l’atelier et je me suis dit que ça serait intéressant de les mettre au propre et de les partager.

D’abord, il faut rappeler que Museomix est un évènement exceptionnel et en cela, ne représente pas la réalité quotidienne du travail dans un musée. C’est un temps spécial où tout (ou presque) est permis, c’est une zone d’autonomie temporaire, un bac à sable…

Du coup, il y a 3 niveaux de discussion à bien différencier :

  • l’intérêt d’un évènement comme Museomix dans un musée
  • l’intérêt d’un FabLab dans un évènement comme Museomix
  • l’intérêt d’un FabLab / lieu de fabrication partagé / espace collaboratif dans un musée

Un Museomix dans un musée ?

C’est une question à laquelle je en vais pas tenter de répondre ici. Mais bien sûr, mon avis est que ce type d’évènements est indispensable!

Un fablab dans Museomix ?

Un fablab est indispensable dans un évènement comme Museomix pour différentes raisons:

  • philosophie du ‘faire’: Voir des machines autorise les gens à faire aussi avec autres choses. Pendant l’évènement, on voit les gens utiliser les machines, mais aussi du papier, des ciseaux, des scie, etc. 
  • rapidité de prototypage: On peut se tromper, ré-essayer… En 3 jours, on a le temps de faire plusieurs fois. On demande d’ailleurs aux participants de créer leur premier prototype quelques heures seulement après le début de l’évènement. Le prototype en soi est une vraie philosophie. Il ne faut pas attendre d’avoir tout défini pour commencer, et commencer, même si on a pas tous les éléments, en se concentrant sur le coeur du concept. 
  • réplicabilité: Les fichiers numériques, à la base de la fabrication numériques, sont faciles à reproduire ailleurs. Et la réplicabilité est un des objectifs de Museomix depuis sa création. Un dispositif créé pendant Museomix devrait pouvoir être reproduit ailleurs facilement. Museomix le fait de manière encore imparfaite et c’est un aspect que nous essayons d’améliorer d’édition en édition. 

Nous avons essayé d’améliorer la partie ‘fablab’ entre la première et la deuxième édition : plus de machines, plus de gens pour accompagner les participants. Nous avons même décider d’en profiter pour faire intervenir le fablab local en construction : la Fabrique d’Objets Libres. Cela leur a permis de se faire connaitre et de rencontrer une communauté potentielle. La structuration d’une communauté locale (et d’un fablab!) est une des ambitions de l’édition de Museomix à Ironbridge, UK cette année.

Un fablab / lieu de fabrication partagé / espace collaboratif dans un musée ?

Un fablab reste un outil, qui ne présage pas forcément de ce qu’on va en faire. D’ailleurs, la plupart des musées ont déjà leur propres ateliers de fabrication (pas forcément numérique), mais fermés au public.

Pendant le projet Fablab Squared, j’avais participé au montage d’un fablab temporaire à la Cité des Sciences, à Paris. Ce projet d’une dizaine de jours avait permis à la CSI de voir l’intérêt d’un fablab en leur sein. L’équipe du musée a tout de suite lancé un projet pour en installer un de manière permanente. Mais 2 ans plus tard, le fablab n’a toujours pas ouvert officiellement. Les machines sont là, grâce à des financements publics, mais tout reste encore à définir. Après l’évènement temporaire, le projet se heurte à la temporalité du musée…

Ca vaut le coup de suivre d’autres exemples, comme Ars Electronica à Lintz, ou au MSI à Chicago, ou Muzeo Delle Scienze (Muse FabLab) à Trento.
Avec la Cité des Sciences à Paris, les musées qui ont passé le cap sont presque exclusivement des musées des sciences ou des technologies. Un fablab peut-il être implanté dans un musée d’un autre type? J’aimerais le croire. Les premières éditions de Museomix ont eu lieu respectivement au musée des Arts Décoratifs, à Paris et au musée Gallo-romain, à Lyon. Ces deux musées, à portée non technologique, se sont très bien prêtés au jeu de Museomix et de son fablab.

Un fablab, installé de manière permanente ou non, est surtout une occasion unique d’envisager de manière différente son rapport au public. Et on peut commencer avec peu de choses.
Je pense que commencer avec un fablab temporaire, pour tester le concept à peu de frais (et en amenant peu de changements) est un bon point de départ. Mais la mise en place permanente peut prendre du temps et nécessite la motivation du plus de monde possible en interne.

C’est la manière dont Erasme envisage l’implantation du Museolab dans le futur musée des Confluences, à Lyon. Il va leur permettre d’imaginer des dispositifs avec le public et de les tester rapidement. Mais cela implique que le visiteur aussi joue le jeu et accepte de voir / essayer un dispositif imparfait (version Beta)…